Marie-Laure de Decker ou l’image de guerre autrement. (Maison Européenne de la Photo)

Il est des regards sur la marche du monde qui nous aident à nous attacher aux humains : celui de Marie-Laure de Decker en fait partie. Cette photojournaliste décédée en 2023, et qui marqua le reportage dès les années 1970 définit ses marques dans la couverture des conflits :  « Je préfère photographier les à-côtés. Il y a tant de choses qui décrivent la guerre ». Il faut reconnaitre que ça n’est pas forcément en première ligne qu’on fait les meilleures images. Il existe sur les conflits un éventail de situations passionnantes en dehors des combats, qui nous éclairent autrement sur l’actualité et l’humanité.

C’est ce visage que Marie-Laure de Decker a choisi de montrer au cours d’un demi-siècle de carrière et que nous présente la Maison Européenne de la Photo. Un bel hommage pour une femme reporter qui fut souvent écartée, marginalisée, exploitée par un milieu professionnel essentiellement dominé par des hommes, où la mentalité n’avait rien à voir avec la délicate approche de l’image qui animait la photographe.

l’Afrique du sud de l’apartheid vue par Marie-Laure de Decker.

Ses deux fils ont travaillé durant plusieurs années pour sélectionner, trier, rechercher, illustrer, faire tirer ces centaines de photos de reportage, issues d’un stock de quelque 300 000 clichés. « Cette exposition est une déclaration d’amour à ma mère, une manière de lui redonner la place qu’elle n’a pas su ou pu se faire », déclarait Pablo Saavedra de Decker au journal Le Monde.

Les enfants de la photographe ont su mettre en valeur ce qui fut sa passion, à commencer par le Tchad. On retrouve le travail de Marie-Laure de Decker dans le désert du Tibesti avec les rebelles Toubous et l’otage Françoise Claustre mais surtout très à l’aise parmi la tribu des Wodaabe. On les a surnommés « les bergers du soleil ». Ce sont des nomades peuls qui se maquillent de toutes les couleurs pour des cérémonies rituelles et sont fiers de se montrer ainsi à la photographe occidentale. Le Tchad va bouleverser sa vie professionnelle et personnelle mais aussi sa vision du monde.

Tchad : enfant Toubou et rebelle du Tibesti. (c) Marie-Laure de Decker.

Marie-Laure de Decker, née en Algérie en 1947, a commencé très tôt le grand reportage : elle n’a que 23 ans quand elle couvre la guerre du Vietnam pour l’agence Gamma. Plutôt que de photographier les combats, les morts, les blessés, elle aime faire ses images en marge des batailles.

Danang Vietnam : le Noël des GIs. ML De Decker aimait photographier entre deux batailles.

Le Noël des soldats sur le front de Danang a pour elle plus d’importance, plus d’impact auprès du lecteur que l’image d’un GI rampant dans la boue des rizières. Et c’est ce genre d’images qui nous est présenté avec surtout des portraits puissants de personnages fascinants : rebelles du Tibesti bien sûr, portraits géants de femmes wodaabé, mais aussi photos d’écrivains, d’hommes politiques ou d’artistes aussi variées qu’Orson Welles, Dalida ou Mitterrand…

Yemen: femme à l’enfant, 1973. Il existait à l’époque deux Yemen; le Yemen du Nord, républicain et le Yemen du sud, communiste.

Si on parle aujourd’hui de « réhabilitation » de l’œuvre de Marie-Laure de Decker, c’est que son travail a été souvent écarté, marginalisé, ignoré, mal exploité. Elle a dû batailler ferme pour récupérer ses photos lors de la dissolution de l’agence Gamma et défendre ses droits d’auteur. Avec cette exposition la MEP lui rend à la fois hommage et justice.

Philippe Rochot

Les dossiers des négatifs de Marie-Laure de Decker accumulés au cours de 50 années de carrière.

4 réflexions sur “Marie-Laure de Decker ou l’image de guerre autrement. (Maison Européenne de la Photo)

  1. Merci beaucoup pour ce très bel article que je lis tardivement. C’est toujours un plaisir de vous lire. J’apprends, je découvre. Les articles sont instructifs, les photos toujours bien choisies, votre vision des choses est éclairées. La longueur de ce que vous partager est idéale. Pas trop long ni trop court. Merci de ces partages 🙂

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