Prix Albert Londres 2025 : Ukraine, Soudan et coke en stock… Ph Rochot

Un sondage à la volée dans les écoles de journalisme aurait montré que 30% des étudiants ne savent pas qui était Albert Londres.

L’homme qui a dénoncé le bagne de Cayenne, vécu la « folie » de la Chine, parcouru la Mer Rouge avec les pêcheurs de perle, ou suivi la trace du juif errant de l’Europe de l’est à Jérusalem, reste pourtant LA référence en matière de grand reportage.

Albert Londres de retour de reportage en Chine, mourut lors du naufrage du Georges Philippart le 10 mai 1932

Le prix Albert Londres maintient heureusement la mémoire. A l’heure où les médias en général et les journalistes en particulier sont malmenés, méprisés, suspectés de manipulation et cible préférée des milieux complotistes, les candidatures à ce grand prix du reportage ont quelque chose de rassurant. Comme le rappelle le président du Prix Albert Londres Hervé Brusini: « il faut que les images parlent et que l’info sorte ».

Pas moins de 72 dossiers de presse écrite étaient présentés au jury de cette 87ème édition, avec 19 livres et 42 reportages audio-visuels. Le journalisme de terrain a encore de beaux jours devant lui si j’en juge par les terres de conflit parcourues par nos reporters.

On nous accuse facilement de privilégier la couverture de la guerre à Gaza et d’oublier, volontairement ou non, d’autres massacres. Or ces candidatures 2025 comptent autant de reportages sur les déchirements de la terre d’Afrique que de sujets sur le Proche-Orient, avec bien sûr le Soudan : « Ah vous parlez de Gaza et de l’Ukraine mais vous oubliez le Soudan ! » disent les donneurs de leçon des réseaux sociaux. Eh bien non, le Soudan est très présent dans les candidatures audio-visuelles et dans la presse écrite, avec notamment la très bonne série d’Eliott Brachet dans Le Monde. (Photo de Une de Abdoulmounam Eassa, armée soudanaise au nord de Khartoum)

Viols au Tigré, arme silencieuse, reportage de Marianne Getti. (capture écran).

Les pays africains voisins sont également ciblés, avec le reportage en Ethiopie de Marianne Getti sur les viols au Tigré diffusé par Arte TV. Le viol comme arme de guerre reste un thème qui revient souvent dans les sujets traités.

Il faut aussi saluer l’audace et le courage des reporters qui ont travaillé avec le mouvement rebelle M23 en République dite Démocratique du Congo où une vie humaine ne vaut pas cher.

Calais-Douvres, un reportage au plus près des migrants, de Julien Goudichaud (LCP)

Trouver des angles nouveaux pour traiter le conflit d’Ukraine n’a rien d’évident. Nos reporters ont choisi par exemple la préparation des JO de Paris au sein des équipes ukrainiennes. On y voit tout le mérite qu’ont eu ces athlètes à s’entraîner dans des lieux menacés, bombardés, avec des séances souvent interrompues par des alertes aériennes. C’est le cas des nageuses de gym aquatique.

Ukraine : enfance volée, de Tatiana Prylmachuk. (capture d’écran)

Trafic de drogue et problèmes de vie dans les cités sont des thèmes de plus en plus développés, avec des reporters qui parviennent de façon étonnante à pénétrer le milieu comme si on y était. Je pense au reportage de Solène Oeino : « Le prix du papier, les nouveaux barons de la drogue » présélectionné pour la finale.

Tous ces reportages candidats au prix Albert Londres ont bien sûr été diffusés, publiés, les livres sont sortis en librairie. Les internautes qui démolissent le travail des reporters et mettent en doute les résultats de leurs investigations ne les ont sans doute pas lus ou pas vus. Alors, détournons nous des débats interminables des chaines d’infos et voyons ce que les journalistes d’aujourd’hui sont encore capables de faire. Vous n’aurez guère de mal à trouver sur le net ou en librairie les reportages présélectionnés dont voici la liste ci-dessous. Les lauréats seront désignés le 22 octobre à Beyrouth, au siège du quotidien francophone L’Orient-Le Jour.

Philippe Rochot

Albert Londres : préselection.

  • Pour la 87e édition du Prix de la presse écrite, ont été présélectionnés, outre Emmanuel Haddad pour L’Orient-Le Jour, Eliott Brachet (Le Monde), Julie Brafman (Libération), Iris Lambert (Society, Libération), Ariane Lavrilleux (Disclose), Célian Macé (Libération) et Matteo Maillard (Libération, Jeune Afrique), Arthur Sarradin (Libération, Paris Match)..

Concernant le 40e prix audiovisuel, les présélectionnés sont Solène Chalvon-Fioriti pour « Fragments de guerre » (France5, Chrysalide, Elephant adventures, 74’), Marianne Getti et Agnès Nabat pou « Tigré : viols, l’arme silencieuse » (Arte, Kraken films, 35’), Jules Giraudat et Arthur Bouvart pour « Le Syndrome de La Havane » (Canal+, Brother films, 2h20’), Julien Goudichaud pour « Calais-Douvres, l’exil sans fin » (LCP, Nova production, 50’), Louis Milano-Dupont et Elodie Delevoye pour « Rachida Dati, la conquête à tout prix » (France2, 58’) et Solène Oeino pour « Le Prix du papier » (M6, Vigie production – 57’). 

Enfin, pour le 9e prix du livre, sont présélectionnés Charlotte Belaich et Olivier Pérou pour « La Meute » (Flammarion); Siam Spencer pour « La Laverie » (Éd. Robert Laffont), Quentin Müller pour « L’Arbre et la tempête » (Ed. Marchialy) et Elena Volochine pour « Propagande : l’arme de guerre de Vladimir Poutine » (Éd Autrement).

Le Président Hervé Brusini, annonce que la journaliste Jeanne Seignol est la lauréate de la première résidence de professionnalisation dans la maison natale d’Albert Londres à Vichy.

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