De l’Iran à l’Algérie, nos otages d’Etat. Ph Rochot.

Entre Alger et Téhéran, cinq français sont aujourd’hui détenus de façon totalement arbitraire : Cécile Kohler et Jacques Paris en Iran, ainsi que Lennart Monterlos, puis Boualem Sansal et Christophe Gleizes en Algérie. Dans les deux cas, il s’agit d’un bras de fer avec des régimes totalitaires et  nos compatriotes en payent le prix fort.

Côté Iran, la tactique de la prise d’otages est connue depuis plusieurs décennies. Elle consiste à arrêter des étrangers sous des prétextes futiles: pour une simple photo de rue ou s’être trouvé « au mauvais endroit au mauvais moment ». C’est sans doute le cas de ce cyclotouriste de 19 ans, Lennart Monterlos, qui traversait le sud iranien au moment des frappes israéliennes et postait régulièrement les images de son périple sur TikTok… On sait aujourd’hui qu’il est accusé d’avoir « commis un délit » et qu’il est emprisonné à Bandar Abbas. Son nom s’ajoute à celui des autres.

L’Iran a besoin d’otages pour faire pression sur les gouvernants de ce monde. Mais le régime des mollahs doit s’expliquer sur ces arrestations, trouver un prétexte, même farfelu, montrer qu’il s’agit là d’une décision de justice. Ainsi sont balancées des accusations d’espionnage extrêmement graves puisque susceptibles d’être sanctionnées par la peine de mort.

Paris, sur les grilles de l’assemblée nationale, les portraits de Cécile Kohler et Jacques Paris.

Il est toujours facile d’accuser des touristes d’être des espions, mais pour les victimes, il est plus difficile de prouver le contraire. Voilà dans quel bourbier se trouvent pris Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus en Iran depuis plus de trois ans. Les autorités iraniennes les ont d’abord présentés comme des agents de la DGSE. Une vidéo d’aveux forcés a été diffusée par la télévision  iranienne dès octobre 2022 avec une mise en scène grotesque.

Aujourd’hui, l’Iran, humilié par les frappes israéliennes, par l’assassinat ciblé d’une quinzaine de ses savants et de généraux ou par les bombardements de ses sites nucléaires, a besoin désespérément de trouver des boucs émissaires, des traitres, des « agents étrangers », de montrer qu’il a identifié ceux qui donnent des informations aux services de renseignement ennemis. Cécile Kohler et Jacques Paris se trouvaient déjà en détention à la prison d’Evin. Il était facile de les charger un peu plus en les accusant de travailler pour le Mossad, faisant ainsi monter les enchères avec Paris pour une éventuelle négociation.

Car l’objectif final du pouvoir iranien est d’exercer une pression politique sur les pays dont il attend des concessions. Téhéran veut faire barrage aux sanctions économiques qui pèsent sur la République islamique d’Iran, ou encore punir la France pour avoir déclaré par la voix de son président que notre pays se tiendrait aux côtés d’Israël si la sécurité de l’état hébreu était menacée par les bombardements iraniens.

Le bras de fer entre Paris et Téhéran dépasse largement la personnalité des otages qui ne sont plus guère qu’un instrument entre deux puissances. Voilà pourquoi il faut les soutenir.

Paris: mairie du 5ème, face au Panthéon, le portrait de Boualem Sansal.

De même qu’il faut soutenir l’écrivain Boualem Sansal, détenu en Algérie depuis le 16 novembre 2024, condamné en appel à cinq ans de prison pour ses prises de position critiques à l’égard du pouvoir.

Sansal a été condamné une première fois pour avoir déclaré au média français d’extrême droite « Frontières », que l’Algérie avait hérité, sous la colonisation française, de territoires appartenant jusque-là au Maroc, particulièrement les villes d’Oran et Mascara.

La position de Paris, exprimée par Emmanuel Macron qui a reconnu officiellement la souveraineté du Maroc sur l’ancien Sahara espagnol a profondément heurté le pouvoir algérien et placé la France dans le camp des pays hostiles. Dès lors, tout journaliste, tout écrivain, comme Boualem Sansal qui conforte cette opinion par ses écrits est condamnable… Et condamné comme traitre, surtout s’il a eu l’audace d’évoquer dans ses écrits les années noires de l’Algérie que le pouvoir s’efforce d’étouffer. L’espoir d’une libération par une grace présidentielle à l’occasion de la fête nationale algérienne s’est rapidement évanoui.

La condamnation de Christophe Gleizes, journaliste sportif, à sept ans de prison ferme est le résultat du même raisonnement absurde.  Ce collaborateur de « So foot » est accusé d’avoir interviewé un dirigeant de club de football, également leader d’un mouvement indépendantiste de Kabylie, mouvement qui sera classé mouvement terroriste quelque temps plus tard.

Ces condamnations font partie du bras de fer entre Paris et Alger. Elles divisent la classe politique française et font apparaitre les dissensions au sein du pouvoir algérien entre les partisans d’une grace pour Boualem Sansal et les dirigeants favorables à sa condamnation et à son maintien en prison…

De Téhéran à Alger, les conditions de détention, les arrestations arbitraires et d’emprisonnement de ces hommes et de cette femme, les chefs d’inculpation fabriqués de toute pièce, les condamnations sans véritable fondement, font bien de ces otages français, des otages d’Etat.

Philippe Rochot

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