Xi Jinping en BD : « l’empereur du Silence », d’Eric Meyer et Gianluca Constantini.

Peut-on traduire en bande dessinée la vie et l’ascension politique d’un chef d’état aussi mystérieux que le président chinois Xi Jinping ? L’homme n’est guère attirant et parait peu bavard. Eric Meyer a même intitulé sa BD « Xi Jinping, l’empereur du silence ». L’auteur a pourtant rassemblé des centaines de déclarations et d’échanges que le nouveau prince rouge a pu avoir avec ses collaborateurs, ses rivaux, des amis, ses complices pour en tirer une bande dessinée de plus de 220 pages sur la vie de Xi Jinping qui nous éclaire de façon originale sur le nouveau maitre de la Chine.

Xi Jinping à l’université Xinhua…

Les dessins de Gianluca Constantini, assez fidèles au personnage, viennent illustrer le long chemin parcouru par Xi Jinping pour confisquer tous les pouvoirs. Les auteurs nous font découvrir sa petite enfance. Xi a grandi au centre du pouvoir à Pékin dans le palais de Zhongnanhai. Son père avait été nommé vice premier ministre sous les ordres de Zhou Enlai. Mais il tombera en disgrâce, accusé d’avoir publié un ouvrage contre révolutionnaire, dénoncé par Mao Zedong en personne.

Xi Jinping en sera marqué à vie mais il a pourtant toujours défendu le maoïsme alors que sa famille fut aussi victime des gardes rouges durant la révolution culturelle. Eric Meyer a retrouvé un témoignage où il évoque la période de lutte contre « les 4 vieilleries. »

 « Notre maison fut souvent pillée. Nos agresseurs savaient qu’ils y trouveraient autant qu’ils voudraient de livres ou d’objets de la classe bourgeoise libérale. »

La force de Xi est d’avoir gardé la volonté de parvenir au sommet du pouvoir.  En 1978 il entre ainsi au bureau du ministre chinois de la défense. Il voyage et s’initie aux secrets de la gouvernance de la Chine. Il parvient au poste de Secrétaire adjoint du PC à Zhending. Il est loin du pouvoir central mais c’est pour lui une stratégie qui sera payante : « il était clair pour moi que rester à Pékin ne me permettait pas de me distinguer face à mes dizaines de rivaux dans la course au sommet. »

Les gens du parti n’aiment pas ceux qu’ils appellent « le gang des petits princes », ces enfants fils de leaders qui ont grandi à l’ombre du pouvoir. Pareil héritage ne l’empêchera pas d’accéder quand-même au comité central comme suppléant. Il est dans la place qui va le conduire à la tête de la province du Zhejiang. Il affrontera avec succès des émeutes ouvrières et paysannes déclenchées par la pollution des terres provoquée par les usines chimiques.

Aucun détail de la vie de Xi Jinping ne nous échappe dans ce portrait en BD de « l’empire du silence ». On le savait marié à Peng Liyuan, fille de professeur et d’actrice itinérante devenue chanteuse aux armées mais on ignorait un premier mariage raté avec une fille d’ambassadeur.

Quand on voit Xi accéder au poste de maire de Shanghai, on peut penser que l’homme a définitivement tracé sa route vers le pouvoir. Il va pourtant affronter ses rivaux les plus puissants comme Bo Xilai, maitre de Chongqing pris sous le feu de plusieurs affaires mais toujours il en sortira vainqueur.

La crainte qu’il inspire le rend populaire. On le surnomme Xi Da, l’oncle Xi. Les médias à la solde du parti le baptisent « diligent créateur du bonheur populaire et architecte de l’ère nouvelle ».

Eric Meyer et Gianluca Constantini nous présentent par la plume et le dessin sa position face au problème de Taiwan, du Tibet, du Xinjiang musulman. Et aussi du Covid. Car Xi a réussi à imposer à son peuple le confinement le plus strict observé sur notre planète. Il a de même fait étouffer toute information qui aurait pu mettre en cause la Chine dans la naissance et la propagation du virus. Mais il a dû lâcher du lest en fin de parcours, évitant le risque de révoltes incontrôlables qui commençaient déjà à menacer les dirigeants communistes.

Cette histoire en bande dessinée d’un chef d’état qui a réussi à se faire nommer président à vie montre bien le sort qu’il entend réserver au peuple chinois : surveillance, ordre, mise au pas, expansionnisme économique et politique, mais aussi volonté de contribuer à instaurer un nouvel ordre mondial comme une revanche sur le monde occidental.

Philippe Rochot

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