Poutine et le cauchemar de la chute du mur de Berlin… Ph Rochot.

Le maître du Kremlin s’est officiellement félicité en 2009 de la chute du mur de Berlin, « un jour historique, qui a tiré un trait sur un passé douloureux et qui a été une étape vers la réunification de l’Europe » avait-il déclaré pour le vingtième anniversaire. Mais était il sincère ? Poutine ne peut oublier aujourd’hui que l’onde de choc de l’ouverture du mur et du rideau de fer qui partageaient l’Europe en deux blocs, a provoqué l’éclatement de l’Union soviétique.

La jeunesse de Berlin-Ouest à l’attaque du mur. Novembre 1989. (c) Ph Rochot.

Il y a 35 ans, dans la nuit du 9 novembre 1989, des milliers d’Allemands de l’Est traversaient sans être inquiétés les points de contrôle du mur de la honte pour passer à l’ouest. Un évènement salué par le monde entier comme le symbole d’une liberté trouvée ou retrouvée, mais qui choque fortement un fonctionnaire des services du KGB en poste à Dresde : Vladimir Poutine. On parle même de traumatisme quand un mois plus tard une foule envahit les locaux de la Stasi, la police politique est-allemande où était installé son bureau. Alors pourquoi pareille réaction?

A l’initiative de Gorbatchev, l’armée soviétique allait retirer ses forces d’Europe de l’Est sans contrepartie et donc perdre toute influence sur la moitié du vieux continent. Elle allait plier bagage avec ses missiles nucléaires vieillissants, ses blindés poussifs, ses avions de chasse rouillés et ses troupes fatiguées. Uniquement en Allemagne de l’Est, c’est-à-dire en République démocratique allemande (RDA), Moscou entretenait 300 000 soldats. Mais l’effondrement de l’économie de l’URSS ne lui permettait plus de continuer à nourrir ses hommes, à verrouiller les libertés et à peser sur les décisions prises dans les pays d’Europe centrale.

Berlin : monument à la mémoire des fugitifs est-allemands qui ont tenté de passer à l’ouest.

Donner son feu vert à l’ouverture du mur, laisser les citoyens des pays communistes passer à l’ouest, plier bagage de chez les « pays frères » était la seule porte de sortie pour le Kremlin. Gorbatchev l’a bien compris mais sans guère en mesurer les conséquences.

L’effondrement de l’Union soviétique a surtout donné satisfaction à l’Occident et beaucoup moins aux citoyens russes, obligés de passer d’un mode de vie d’assistés à un mode de vie capitaliste où le système mafieux et la corruption allaient devenir la règle. Poutine l’a mal vécu qualifiant l’effondrement de l’URSS de « catastrophe géopolitique du siècle ».

La Russie a-t-il dit, a dû « recommencer presque à zéro, dans des conditions très difficiles, construire une économie de marché et créer des institutions de droit contemporaines ».

Berlin-est après la chute du mur; la statue de Lénine sera démontée. 1990.

Alors quand on dit que le maître du Kremlin cherche aujourd’hui à refaire l’Union soviétique, la remarque est pertinente. A défaut d’envoyer à nouveau les chars russes sur les avenues de Budapest, de Prague ou de Varsovie, Poutine veut installer des régimes à sa dévotion en Europe centrale comme il l’a fait en Biélorussie ou en Tchétchénie et comme il cherche à le faire en Ukraine ou en Géorgie. Il est clair que les troupes de Valéry Gherassimov ne s’arrêteront pas au Donbass. Le chef du Kremlin voudra peser sur la Pologne et les Pays baltes, punir d’une manière ou d’une autre cette Finlande qui a eu l’audace de rentrer dans l’OTAN, jouer sur les provocations et les contradictions des Européens, user et abuser de la désinformation, planifier des opérations de sabotage. Bref, déstabiliser cet occident qu’il déteste.

Berlin est : graffeur au mur. 1990.

Ces offensives et ces menaces représentent l’effet boomerang de la chute du mur de Berlin, la réplique à l’onde de choc provoquée par cette victoire du monde libre sur le système soviétique imposé aux nations d’Europe après l’effondrement du 3ème Reich. Poutine reconnait lui-même qu’il éprouve de la nostalgie pour la RDA, l’Allemagne communiste, qui s’est disloquée avec l’ouverture du mur de la honte le 9 novembre 1989. Trente-cinq ans après, tout laisse penser que le maître du Kremlin regrette cet événement majeur de l’histoire contemporaine qui vit s’installer des régimes démocratiques dans les pays que Moscou tenait sous sa botte.

Philippe Rochot

Laisser un commentaire