Une « écologie de la mémoire ». Un œil sur l’expo de Michel Slomka :  PhotoSaintGermain.

Existe-t-il une « écologie de la mémoire » et comment la définir ? La démarche dans laquelle s’est engagé le photographe Michel Slomka est destinée à savoir si dans l’avenir il restera quelques traces des camps d’extermination et sous quelle forme, à l’heure où s’éteignent les derniers témoins et victimes de la Shoah.  Son travail est exposé à la galerie du Crous de Paris jusqu’au 16 novembre.

Les ormes poussent sur une ancienne fosse de crémation. Photo de Michel Slomka.

L’auteur s’est concentré sur le camp d’Auschwitz-Birkenau, le seul camp nazi à avoir gardé suffisamment de restes pour nous aider à comprendre le processus d’extermination des Juifs d’Europe. Mais les traces disparaissent peu à peu. Les rails qui guidaient les convois au centre du camp sont progressivement avalés par la végétation, les constructions, les cultures. Dans un très beau texte remis à l’exposition, Michel Slomka explique sa démarche :

« Face aux maisons, un wagon de bois aux armatures de fer rappelle que de 1941 à 1944, des convois venus de toute l’Europe ont déporté plus d’un million de juifs jusqu’à ce coin perdu de petite Pologne. C’est ici sur ce qu’on appelle la « Judenrampe » « la rampe des juifs » que les survivants du voyage sont débarqués des trains et qu’ils découvrent, hagards, la morne plaine qui les attend… Avec les années, les tobogans en plastique et les rhododendrons des zones pavillonnaires ont progressivement englouti le chemin de fer qui a amené 4000 000 juifs hongrois à la mort. Mais sous l’asphalte le rail demeure. Travaillée par les barres d’acier, usée par le froid et la pluie, la route qui le recouvre se fissure et s’émiette, révélant au jour le passé qui la transperce. »

Liste des matricules de déportés arrivant au camp de Birkenau. Photo Michel Slomka.

C’est ce passé que le photographe recherche à travers quelques photos de familles, les ruines de la chambre à gaz, les forêts, les animaux et leurs empreintes ou encore les déchets qui émergent de cette plaine maudite et nous ramènent au passé.

Les nazis n’ont pas réussi à effacer leurs crimes. Michel Slomka sent encore la présence des cendres des victimes autour du site de Birkenau : « La cendre des morts a recouvert toute la région jour après jour, mois après mois durant trois ans. Elle s’est déposée sur les toits des maisons, les fruits des vergers, elle a nourri les céréales, les légumes et les animaux qui ont ensuite nourri les hommes. Fine, volatile et soluble, elle s’est mêlée à tout, s’est infiltrée partout. Le pays entier est devenu un pays de cendres ».

Bouteilles de vodka au milieu des rails. Photo Michel Slomka.

Les transformations de la nature et du paysage autour du site de Birkenau ne sauraient remplacer les témoignages humains, mais aux yeux de l’auteur, cette « écologie de la mémoire » permettra peut-être de transmettre le message aux générations futures car écrit-il, « rien ne disparait à jamais ».

Philippe Rochot

Expo de Michel Slomka, (agence MYOP), dans le cadre de PhotoSaintGermain. Galerie du Crous, 11 rue des Beaux-Arts. 75006 Paris. Jusqu’au 16 novembre.

Restes du camp de Birkenau. Photo Michel Slomka.

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