Nous avons tous en tête l’image de la descente des Champs- Elysées par le général de Gaulle dominant la foule de sa haute stature ou celle du combattant des FFI balançant son cocktail molotov sur l’une des dernières patrouilles allemandes. Mais on oublie souvent les milliers d’images d’amateurs prises à la sauvette, plus ou moins bien cadrées, qui alimentent et renforcent le récit de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Car dès que s’annonce la libération de la capitale, les passionnés d’images dépoussièrent leurs appareils, sortent dans la rue et photographient un peu partout, au hasard des scènes rencontrées, sous le coup de l’émotion et de la liberté retrouvée.

Place de la Concorde, le 26 août, un char allemand Panther calciné après l’unique combat de chars livré la veille. (Collection Fournier-Eymard / AFP)
Juste revanche : toute photo durant l’occupation allemande était interdite. D’après l’ordonnance de 1940, seuls les gens d’images accrédités auprès de la « kommandantur » pouvaient éterniser des scènes de vie dans la capitale occupée mais devaient ensuite obtenir un visa de censure pour publier, même dans la presse collabo.
Le photographe amateur non accrédité, surpris en train de fixer une scène de rue sur la pellicule risquait même la déportation. On l’a vu avec la série publiée par « Le Monde » sur le destin tragique de Raoul Minot, photographe clandestin durant l’occupation.

Affiches d’appels à la mobilisation 25 août 1944. (AFP)
L’Agence France-Presse, dont la naissance correspond à la libération de Paris il y a 80 ans, publie sa première dépêche le 20 août 1944. Elle cherche aussi des photos. Travailler en film on n’y pense pas : la pellicule est trop longue à développer. Les pros utilisent la chambre et ses plaques de verre qui permettent d’obtenir rapidement l’image et de la publier.
Les photographes suivent les directives d’Henri Membré, brassard FFI au bras, qui coordonne les reportages de ses collègues sans oublier d’y faire apposer le tampon de la censure, imposé cette fois par les libérateurs de la capitale… Après la Libération, Henri Membré mettra en place le service photographique de l’AFP.

Le journal Combat affiche ainsi en première page dès le 25 août 1944 la photo de combattants des FFI faisant le coup de feu contre les Allemands depuis une fenêtre de l’hôtel de ville de Paris. C’est le début d’une couverture images sans précédent d’un événement historique. Il faut y ajouter le travail des nombreux envoyés spéciaux étrangers, britanniques et américains également sur place quand s’annonce la libération de Paris. Leurs clichés réalisés avec un autre regard vont s’ajouter à la production des reporters français.

Un soldat allemand gît sur le sol au pied d’un half-track de la 2ème DB en position rue Daunou, dans le 2ème arrondissement de Paris, le 25 août 1944 (Photo AFP).
L’intérêt de cette expo « Paris 44, une semaine en août » est de mêler images d’amateurs et images de professionnels, un peu comme aujourd’hui quand les réseaux sociaux viennent compléter le travail des photojournalistes…

Des collectionneurs se manifestent, notamment un certain Alain Eymard, qui non seulement rassemble dans ses albums les photos d’amateurs de la libération mais par un patient travail recherche le lieu, le jour et l’heure exacts de la prise de vue. Il passe ainsi des heures à étudier le « Bottin 1941 » qui répertorie l’adresse de tous les cafés de Paris d’où pourraient avoir été saisis les clichés historiques.

Les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) en position avec un fusil-mitrailleur britannique Bren dans un appartement parisien. (Photo AFP)
Avec cette expo de la galerie AFP, plusieurs démarches se conjuguent pour traduire la réalité de l’époque à travers des regards différents et faire revivre la mémoire de l’année 1944.
La libération de Paris reste l’un des évènements de la Seconde Guerre mondiale les mieux couverts en images.
Philippe Rochot
Galerie AFP
Du 12 septembre au 2 novembre 2024
9 place de la Bourse, 75002 Paris
Du mercredi au samedi, de 11h à 18h
Entrée libre

