Festival Photo La Gacilly 2024 : de l’humain et du grandiose… Ph Rochot.

Des visages maquillés impressionnants d’aborigènes d’Australie qui dominent la rivière, des scènes de vie démesurées, des images de grands espaces accrochées aux murs de pierre : La Gacilly, voit le monde en grand. Ce petit village de Bretagne sud le prouve un peu plus chaque année avec son festival photo et ses tirages géants qui captent l’attention du visiteur dès son arrivée. Les expos sont réparties sur un espace facilement explorable en une demi journée, les sujets moins violents qu’à Visa pour l’Image. Les rencontres de La Gacilly qui ont passé le cap des vingt ans ont reçu la visite de 300 000 curieux et passionnés d’images en 2023. On attend le même chiffre pour 2024.

Thème de l’année : l’Australie. Avec les photos de Mathieu Abbott on voit bien sûr l’inévitable kangourou courir à perdre haleine pour échapper aux incendies ravageurs qui ont terrifié le pays en 2020. Mais au-delà de ces symboles hyper exploités par les médias, les photographes ont su aborder des thèmes de société essentiels. Le sort des aborigènes par exemple, toujours considérés comme des citoyens de seconde zone, alors que ce sont les peuples autochtones, même s’ils ne constituent que 3% de la population. On dit qu’ils sont installés sur cette île continent depuis près de 60 000 ans.

Photo de Bobbi Locker, représentante des peuples Ngarluma et militante des droits des peuples indigènes.

Photos au format XL sur maisons du village de La Gacilly. (c) Ph Rochot.

L’environnement ensuite. On sait que l’Australie ne parvient pas à se dégager de la production de charbon et compte parmi les plus grands pollueurs de la planète par habitant. Le pays le paye sans doute en retour en devant faire face à des inondations et incendies dévastateurs.

Les incendies dévastateurs ont détruit 24 millions d’ha durant « l’été noir » de 2020. Photos de Mathieu Abbott. (c) Ph Rochot.

Le dérèglement climatique nous conduit immanquablement à parler des chasseurs de tornades en Australie mais aussi sur d’autres continents. Ils sont bien là, à La Gacilly, représentés par Mitch Dobrowner, photographe américain qui guette la furie des éléments naturels un peu partout dans le monde mais surtout dans le Wyoming. Ses images sont en noir et blanc. Il a quelque part la prétention d’imiter le talent d’un Ansel Adams et déclare à propos de sa passion à haut risque : « Tout ce que j’essaye de faire, c’est de rendre justice à la beauté de ces événements ».

Les tornades de Mitch Dobrowner.

Une série sur la consommation mondiale se détache clairement de l’ensemble des images exposées. Celle de du photographe américain de 65 ans, Georges Steinmetz. « Savez-vous d’où vient votre nourriture dit-il d’emblée ? Cette entrecôte, cette cuisse de poulet, cette carotte et même cette innocente laitue ? Savez vous comment ces aliments se retrouvent dans votre assiette ? La majorité de la population occidentale ne regarde souvent pas plus loin que les étals des supermarchés. »

Georges Steinmetz nous emmène ainsi en Somalie d’où sont embarqués les centaines de milliers de moutons qui serviront au sacrifice incontournable pratiqué par les pèlerins de la Mecque, dans les allées immenses des usines de traitement de poulets en Chine ou chez les associations d’aide aux miséreux en Inde qui nourrissent des centaines de milliers de personnes. Ces images soignées, parfaitement composées, souvent réalisées au drone, représentent une documentation visuelle inédite et essentielle sur le système alimentaire mondial nécessaire pour nourrir les 8 milliards d’êtres humains.

Le festival La Gacilly sait aussi mettre en valeur les œuvres des anciens comme celle de Joël Meyerowitz et ses couleurs d’Amérique, des artères de New-York aux grands espaces de l’ouest.

La série de Meyerowitz complète bien celle de Louise Johns qui a saisi les étendues sauvages du Montana et le sort réservé aux bisons menacés de disparition puis réhabilités tout comme le loup et le grizzly. La renaissance du bison est capitale pour la survie des traditions des tribus amérindiennes qui entretiennent une relation essentielle avec cet animal depuis plus de 10 000 ans.

Grands espaces d’Australie, grands espaces d’Amérique, métamorphose de notre planète, l’édition 2024 du festival La Gacilly a su maintenir le cap du rêve que nous venons chercher ici.

Philippe Rochot

La Gacilly, village en chantier sur sa rivière, mais festival bien vivant. (c) Ph Rochot.

Une réflexion sur “Festival Photo La Gacilly 2024 : de l’humain et du grandiose… Ph Rochot.

Laisser un commentaire